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ALTERMONDE

Regard d'Actu


Pour certains, cela semblera peut-être anecdotique au regard des crises et des guerres qui balafrent le monde, et pourtant la décision de l'ONU ce 4 septembre est une belle décision, porteuse de sens et d'espérance : le monde a décidé de regarder la réalité en face.

Pendant cinq siècles, nous avons menti aux enfants sur le mur de la classe, avec la mappemonde. Nous nous sommes mentis à nous-même. Un monde où l'Europe, au centre, trônait comme une maîtresse de maison. Où l'Afrique avait la portion congrue. Où le Nord était grand, parce que le Nord devait être grand.

Depuis 1569, Gérard Mercator, cartographe flamand, avait dessiné une carte pour que les caravelles ne se perdent pas. Il avait étiré les mers, comme on étire une toile pour qu'elle ne se déchire pas. C'était utile. C'était faux. Et nous avons gardé le faux, parce que le faux nous arrangeait.

Ce vendredi, à New York, on a enfin décidé de plier la carte. Au départ l'Union africaine, par la voix du Togo, avait simplement demandé : rendez-nous notre taille. La France, qui allait rapetisser un peu sur le papier, a dit oui. C'était le début de la campagne "Corrigez la carte" qui a abouti à ce que l'ONU choisisse Equal Earth.

Equal Earth, ce n'est pas une carte parfaite - aucune carte ne l'est. On ne met pas une sphère à plat sans l'écraser. Mais celle-ci a décidé de respecter la surface, pas l'angle. De dire la vérité des kilomètres, pas la commodité des navigateurs.

Regardons-la : elle est ovale, comme un œil qui s'ouvre. L'Afrique y respire enfin. Elle n'est plus en bas, petite. Elle est au centre, vaste, une. L'Amérique du Sud s'étire, longue et vraie. L'Europe redevient une péninsule de l'Asie, ce qu'elle n'a jamais cessé d'être.

164 mains se sont levées. Une seule a dit non, les USA de Trump repliée sur leur certitudes ou plutôt leurs illusions de grandeur et de domination.

On n'a pas changé de monde. On a changé de regard.

Pendant cinq siècles, nous avons appris aux enfants du monde entier que le Nord dominait. Demain, sur le même mur, ils verront autre chose, tout simplement la réalité, avec la place de chacun à ses justes proportions.

L'ONU à la quasi unanumité a ainsi décidé de changer le récit de la domination du Monde. Espérons que ce jour soit le début d'un monde multipolaire, plus juste, plus inclusif, plus fraternel, plus écologique. Cela fait beaucoup de plus. Mais parfois c'est le premier pas qui coûte.

Assurément un pas vient d'etre franchi. Les bonnes nouvelles se font rares... alors ne boudons pas notre plaisir. Et espérons dans l'avenir d'un autre monde, d'un Altermonde.



Nous venons de vivre un été hors norme, probablement l'été le plus brûlant que l'homme ait connu.

De juin à août, les cartes météo n'ont cessé de rougir. 311 départs de feu recensés au 22 juillet, contre 75 en moyenne sur les vingt dernières années. 51 jours sans une goutte de pluie entre le 1er juin et la mi-août. Des sols selon Météo-France jamais aussi secs depuis 1976. Trois canicules en deux mois.

Bilan, 96.461 hectares partis en fumée selon les satellites de Copernicus, 119.000 hectares selon le comptage terrain du Ministère de l'Intérieur. Sept fois la moyenne des dernières années.

Les Landes ont vécu cet été un enfer.

Tout a commencé à Saumos, le 22 juillet. En fin de journée, 1 400 hectares sont déjà en cendres. Puis le vent du Sud-Ouest qui s'est levé pousse le feu dans la monoculture de pins maritimes particulièrement inflammable. En dix jours, l'incendie est devenu le plus vaste de France depuis le début du XXe siècle : quelques quarante milles hectares ravagés par les flammes.

Le bilan est terrible : quatre cents maisons détruites, des campings ravagés, 250.000 personnes évacuées du Bassin d'Arcachon, la plus importante évacuation en temps de paix.

Fontainebleau, aussi a connu le pire. 1.900 hectares parti en fumée, le plus grand incendie de son histoire. Quatre Canadair, un tiers de la flotte nationale, se sont relayés tournant au-dessus de la Seine pour écoper entre deux péniches, sous le regard des Franciliens.

Le Sud-Est n'a pas non plus été épargné. Dès juin, le Lot-et-Garonne subissait les flammes. Puis début juillet, le feu du Canigou : 4.500 hectares, 10.000 personnes déplacées dans les Aspres. Le Gard, l'Aude, l'Ariège, la Drôme, le Var, fin juillet et en août, les incendies se sont démultipliés.

Aucune région n'a été épargnée. Ni pays.

À Gohrischheide, en Allemagne, on éteignait un feu au milieu d'un champ de munitions de la dernière guerre. À Monschau, en Belgique, on évacuait un quartier à cause d'un feu de 3.000 hectares.

La géographie des incendies n'est plus méditerranéenne. Elle est européenne. Le système européen EFFIS a compté 646.628 hectares brûlés dans l'UE au 31 août, soit 50% au-dessus de la moyenne 2006-2025.

L'Espagne, à elle seule, en a perdu 280.000. Un seul incendie, celui de Madrid, a avalé 75.000 hectares. L'Italie dénombre 91.000 hectares ravagés par les flammes. La Grèce, Le Portugal, la liste ne s'arrête pas là.

Le Royaume-Uni, qui n'avait jamais connu cela, a vu 29 000 hectares brûler, y compris dans le parc national des Cairngorms en Écosse. 3,8 millions d'hectares au Canada, 1,85 million aux États-Unis.

Devant cette liste de désolation la première pensée va aux pompiers qui ont combattu, pour certains au péril de leur vie. En France

Ils ont tenu avec 12 Canadair de 30 ans de moyenne d'âge, dont 5 seulement volaient le 24 juillet, au pire du feu de Gironde, les autres cloués au sol faute de pièces. Ils ont tenu avec 8 Dash, 36 hélicoptères, et les renforts de l'Europe. Même l'Armée de l'Air a du faire décoller un A400M pour la première fois, larguant du retardant.

Un sentiment d'impréparation, de non anticipation. Non seulement depuis la COP21 les gouvernements ne sont pas au rendez-vous de leurs engagements pour prévenir et limiter le réchauffement climatique, car c'est bien de cela dont il est question, mais rien ou quasiment rien n'est anticipé sur les effets de ce réchauffement. La lutte contre les incendies, les espaces urbains, les règles thermiques dans l'immobilier, la climatisation, les services sanitaires face à la surmortalité. Rien n'est prévu.

Pourtant personne ne peut dire qu'il ne savait pas. Les rapports du GIEC se sont succédés, clairs et précis dans leur constats et prévisions.

Mais au-delà d'être des témoins et conséquences du réchauffement climatique, les forêts brûlées, rien qu'en France, ce sont depuis le 1er janvier, 1,5 million de tonnes de carbone relâchées, selon Copernicus – un record chiffré à quatre fois la moyenne. Et donc une source supplémentaire de réchauffement climatique ! À l'urgence s'ajoute les drames qui amplifient l'urgence.


Démarré le 28 juillet le thermomètre a de nouveau franchi depuis 4 jours les lignes qui définissent une canicule. Pour combien de temps ? Août nous le dira. C'est déjà la quatrième vague de chaleur de l'année !

Nous avons désormais 30 jours cumulés de canicule depuis la mi-juin. Alors qu'en 2022, qui faisait figure d'année chaude, nous avions totalisé 33 jours sur toute l'année. Or nous ne sommes que le 31 juillet.

En effet du 21 au 30 mai, 10 jours de fortes chaleurs nous avaient surpris par leur précocité.

Puis juin est arrivé. Du 17 au 30 juin. 14 jours d'affilée. L'épisode le plus intense jamais mesuré. Ainsi le 24 juin, la France a vécu sa journée la plus chaude de son histoire moderne avec un Indice de Température Nationale à 30,018°C. Avec un record absolu de 45,2°C à Romorantin-Lanthenay (base de Pruniers) ; et 72 départements en rouge. Avec des conséquences sanitaires qui se mesurent en surmortalité.

Juillet a pris le relais le 4 juillet pour 16 jours de plus et est devenu le mois le plus chaud jamais enregistré depuis 1900.

Et pour ceux qui voient en 2026 l'été le plus chaud, ce n'est qu'un début. Ce que nous vivons n'est pas une anomalie. Dans les années à venir nous regarderons 2026 en enviant ses températures modérées...

En effet ce que nous connaissons n'est que le début de ce qu'une étude prospective de la Ville de Paris prévoit d'ici la fin du siècle.

L'étude du LSCE de Pascal Yiou en 2024, sur tous les modèles CMIP6 du GIEC, est claire : 50°C à Paris est possible dans tous les scénarios. Dans le scénario au fil de l'eau : 50°C dès 2049. Dans le scénario intermédiaire : 2070. Seul le scénario qui nous maintient en deça des 2°C, pourrait éviter le pire. La Mission "Paris à 50°C" votée en 2022 par le Conseil de Paris a rendu 85 préconisations pour s'y préparer.

Les 52 jours de vague de chaleur que nous cumulons en 2026 ne seront bientôt qu'un été frais. Car depuis la COP21, nous émettons de plus en plus. Alors que 12 décembre 2015, 196 pays signaient l'Accord de Paris pour tenir le monde "bien en dessous de 2°C". Dix ans plus tard, le bilan du Global Carbon Project pointe implacablement notre incapacité collective.

En 2015, nous émettions 34,6 milliards de tonnes de CO2 fossile. En 2025, nous en sommes à 38,1 milliards de tonnes. +10%.

Et en incluant les autres gaz à effet de serre, notamment le méthane, les chiffres sont encore pire. L'année 2024 a battu tous les records avec 57,7 milliards de tonnes équivalent CO2 tous gaz confondus, +2,3% en un an.

Nous avons désormais moins de 170 milliards de tonnes de budget carbone jusqu'en 2050 pour rester sous 1,5°C. C'est moins de quatre ans de nos émissions actuelles.

Le PNUE l'a calculé : avec les politiques actuelles, nous allons vers +2,8°C. Il y a dix ans, nous allions vers +4°C. Nous avons légèrement infléchi l'accélération, mais sans cesser d'accélerer. Alors qu'il nous faudrait freiner brutalement.

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